Au banquet social

Photo Dora Maar
  Les personnes qui ont une aspérité ne seront jamais invitées au banquet social.
Au abords de la nouvelle mairie d'une grande ville du sud de la France, le secteur est "hype".
J'observe mes congénères en savourant le soleil qui inonde la terrasse. J'ai commandé un café. 
Mes aspérités sont avec moi.
Passe un loup, pelage rare mais pattes longues comme l'exige la mode. Au XIXème on aurait dit que le Monsieur portait des rouflaquettes. 
Il aurait eu le même air faussement décontracté et cette aisance que donne une position sociale à défaut de la fréquentation du grand air. La différence, c'est son apparence juvénile, sous l'Empire, il aurait déjà ressemblé à un vieillard. Sa silhouette mince et son teint bronzé font illusion. Son camouflage laisse penser qu'il chassera la chair fraîche.
Gloussement des poules, jeux sans masques, mâles et femelles en attente, regards lubriques, sourires blanchis, un ennuyeux ballet convenu s'engage. Il vient de s'attabler avec des créatures aux cheveux colorés dont les mèches, le nez et les lèvres portent l'empreinte des mêmes artisans. Le loup peut faire son choix, même calibre, même allure, mêmes codes...
Sur le plan d'eau les canards glissent. Un chien s'approche,flaire, lève la patte contre la table du petit groupe. 
Les gallines ont bien fait de chausser leurs bottes ! 

                                                                                        P.L.

Commentaires

Jonas D. a dit…
Belle chronique où la bête au scanner est passée. C'est un spécimen de ces meutes qui rôdent pareillement en nos terrasses de l'est ; en tous points semblable à votre description, hormis peut-être le teint qui par ici semblerait moins apprêté, plus proche du comte transylvanien. Il y a aussi des femelles. Gare ! Amitiés. Jonas

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